
New York a une nouvelle fois accueilli les dirigeants du monde. Du 22 au 28 septembre 2026, présidents, vice-présidents, Premiers ministres, ministres et diplomates se sont réunis au siège des Nations unies pour participer au débat général de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale. Bien que cette rencontre ne fût pas une session du Conseil de sécurité, la réforme de cet organe a occupé une place importante dans les échanges, notamment en raison de la question persistante de la représentation de l’Afrique dans la gouvernance mondiale.
Sous le thème « Restaurer la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations unies au service de tous », les responsables internationaux ont parlé de guerre, de paix, de climat, de développement et de souveraineté. Mais, pour l’Afrique, une question domine toutes les autres : comment continuer à défendre un ordre international juste lorsque le continent reste exclu du centre des décisions ? Dans son dernier grand discours à l’Assemblée générale, le secrétaire général sortant, António Guterres, a qualifié l’absence de représentation africaine permanente au Conseil de sécurité d’« injuste et indéfendable ». Le président de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman, a lui aussi estimé que l’Afrique devait être « à la table » et non être simplement concernée par les décisions prises autour de cette table.
« L’Afrique est au centre des crises internationales, mais elle reste absente de l’organe qui décide de leur gestion. »
Cette contradiction est devenue difficile à justifier, le continent compte 54 États membres de l’ONU. Une grande partie des mandats du Conseil de sécurité concerne la paix et la sécurité en Afrique, pourtant, aucun pays africain ne dispose d’un siège permanent avec droit de veto. Le Kenya, par la voix de son président William Ruto, a résumé cette injustice en affirmant que l’égalité proclamée à l’Assemblée générale « s’arrête aux portes du Conseil de sécurité ». Le Nigeria a porté cette revendication avec une grande clarté. Représenté par son vice-président Kashim Shettima, Abuja a renouvelé la demande africaine de deux sièges permanents et de cinq sièges non permanents, conformément au Consensus d’Ezulwini et à la Déclaration de Syrte. Le Nigeria rappelle également sa contribution historique aux opérations de paix au Liberia, en Sierra Leone, au Darfour, au Mali et en Gambie. La pertinence du discours nigérian est évidente : on ne peut pas demander à l’Afrique de fournir des soldats pour les opérations de paix tout en lui refusant une influence équivalente sur les décisions internationales. Mais cette position soulève une difficulté : quels États représentent le continent et comment garantiraient-ils une défense collective des intérêts africains ? Les pays du Sahel ont apporté une autre voix. Le Burkina Faso a été représenté aux débats de l’Assemblée générale, tandis que le Mali et le Niger ont défendu une diplomatie davantage centrée sur la souveraineté, l’autonomie stratégique et le choix libre des partenariats. Cette position traduit une frustration réelle : celle d’États qui ne veulent plus que leur sécurité et leurs ressources soient définies depuis l’extérieur.
La souveraineté ne peut pas seulement signifier la capacité de dire non aux puissances étrangères, elle doit aussi signifier la capacité de produire, de sécuriser les populations, de créer des emplois et de transformer les ressources nationales. Une souveraineté proclamée sans institutions solides risque de rester un slogan politique. Le Burundi, la Côte d’Ivoire, le Mozambique, la Guinée équatoriale, le Libéria et d’autres pays africains ont également participé aux travaux et réaffirmé, à des différents degrés, la nécessité d’une réforme du Conseil de sécurité. Le Burundi a notamment lié la représentation africaine à la question du financement durable de l’ONU, tandis que le Mozambique a rappelé la demande de sièges permanents dotés des mêmes prérogatives que les autres membres permanents. Ces interventions démontrent qu’il n’existe pas une seule manière africaine de parler au monde, certains insistent sur la souveraineté, d’autres sur la paix, le développement, la dette, le climat ou la représentation institutionnelle. Pourtant, un même constat les rassemble : l’Afrique ne veut plus être uniquement l’objet des décisions internationales.
Mais le continent doit également se regarder lui-même, comment revendiquer davantage de pouvoir au niveau mondial tout en restant divisé sur plusieurs grandes questions stratégiques ? Comment parler d’indépendance tout en dépendant encore largement des capitaux, des technologies et des marchés extérieurs ? La réforme de l’ONU est nécessaire, cependant, un siège permanent ne transformera pas automatiquement les économies africaines, Il ne construira ni écoles ni industries. L’influence mondiale se prépare aussi par l’intégration africaine, la transformation locale des minéraux, l’investissement dans la jeunesse et la construction d’institutions crédibles.
Cette Assemblée générale aura donc montré une Afrique plus présente et plus exigeante. Mais elle rappelle également une vérité inconfortable, être invité à la table ne suffit pas, Il faut encore avoir les moyens d’y défendre ses intérêts.
La question n’est plus seulement de savoir si le monde écoutera l’Afrique. La véritable question est de savoir si l’Afrique saura transformer sa voix en pouvoir?
Et Vous?
Les pays du Sahel proposent-ils une véritable alternative ou seulement une nouvelle orientation diplomatique ?
Si vous aviez une seule priorité pour renforcer l’influence de l’Afrique dans le monde, laquelle choisiriez-vous ?
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